La France dans le manuel britannique
Vous apprenez l’histoire d’un autre pays : des rois dont vous n’avez jamais entendu parler, une constitution qui n’existe sur aucune feuille, des tribunaux sans équivalent chez nous. Sauf que, chapitre après chapitre, vous tombez sur votre propre pays. La France est le pays étranger le plus souvent nommé de tout le manuel — et c’est précisément ce qui rend cet examen piégeux pour vous.
Dans cet article
- Mille soixante-six : la monarchie anglaise commence par un Normand
- La guerre de Cent Ans : ne corrigez pas la copie
- Trafalgar et Waterloo
- Mille six cent quatre-vingt-cinq : les huguenots
- La Crimée : cette fois-ci, alliés
- Les deux guerres mondiales
- Concorde : le piège de la réponse à moitié juste
- Ce qu’il faut en faire le jour de l’examen
1. Mille soixante-six
Le manuel présente mille soixante-six comme la dernière invasion réussie de l’Angleterre. L’envahisseur, c’est nous. Guillaume était duc de Normandie, il descendait de Rollon — le chef viking à qui l’on avait donné la Normandie cinq générations plus tôt — et il parlait le français normand. Sa cour, ses barons et ses chartes parlaient français.
Retenez aussi le Domesday Book : Guillaume a fait recenser dans tout le pays les villes et les villages, les habitants, les propriétaires de terres et les animaux. C’est un fait à questions, et il porte un nom que l’on ne devine pas.
Ce qui vous sert : une bonne partie du vocabulaire juridique et administratif anglais que vous croisez dans ce manuel est arrivée avec cette cour-là. Vous ne partez pas de zéro dans le chapitre sur les institutions — vous reconnaissez des mots.
2. La guerre de Cent Ans
C’est le chapitre où vous allez entendre votre propre histoire racontée depuis l’autre rive. Le manuel la compte du côté anglais, et il ne s’en cache pas.
Deux réponses seulement sont attendues, et elles sont courtes :
- la bataille célèbre de cette guerre est Azincourt, en mille quatre cent quinze — et rien d’autre. Ni Crécy, ni Poitiers, même s’ils sont dans le récit ;
- les Anglais ont quitté la France dans les années mille quatre cent cinquante. Le manuel écrit d’ailleurs qu’ils ont largement quitté la France, et c’est cette formulation-là qui compte.
L’erreur typiquement française : corriger la copie. Vous savez comment cette guerre s’est terminée et qui a fait lever le siège d’Orléans. L’examen ne vous demande pas votre avis sur le récit, il vérifie que vous avez lu ce livre-là. Répondez ce qui est écrit.
3. Trafalgar et Waterloo
Le chapitre sur la Grande-Bretagne comme puissance mondiale passe par deux dates que vous connaissez déjà — vues d’en face.
- Mille huit cent cinq, Trafalgar. La flotte britannique a battu les flottes française et espagnole réunies. Elle était commandée par l’amiral Nelson, qui est mort dans la bataille. La colonne de Trafalgar Square le rappelle, et son navire s’appelait le Victory.
- Mille huit cent quinze, Waterloo : la fin de Napoléon.
Ces deux dates reviennent dans la frise chronologique du manuel. Vous n’avez rien à apprendre par cœur ici : vous les avez déjà, il suffit de les ranger du bon côté.
4. Mille six cent quatre-vingt-cinq et les huguenots
Voici le passage où le manuel britannique parle le plus directement de nous — et il en parle bien. Regardez d’abord l’année, parce qu’elle tient à elle seule les deux pays.
En février mille six cent quatre-vingt-cinq, un roi catholique monte sur le trône d’Angleterre. En octobre de la même année, à Fontainebleau, Louis Quatorze révoque l’édit de Nantes : il devient interdit d’être protestant en France. La même année, les deux pays partent en sens contraire.
Et ces protestants-là vont quelque part. Le manuel écrit qu’entre mille six cent quatre-vingts et mille sept cent vingt sont arrivés de France des réfugiés appelés huguenots, protestants persécutés pour leur religion. Il précise qu’ils étaient instruits et qualifiés, et qu’ils ont travaillé comme scientifiques, dans la banque, dans le tissage et dans d’autres métiers.
Ce passage est au programme et il tombe à l’examen. Ce sont les premiers Français venus s’installer dans ce pays pour les raisons qui font qu’on émigre — et le manuel les cite comme exemple d’arrivants utiles, pas comme un problème. Vous n’aurez pas de mal à retenir ce paragraphe-là.
5. La Crimée : cette fois-ci, alliés
Après quatre siècles où nous sommes l’adversaire, le manuel change de côté sans prévenir.
De mille huit cent cinquante-trois à mille huit cent cinquante-six, la Grande-Bretagne a combattu aux côtés de la Turquie et de la France contre la Russie, dans la guerre de Crimée. Le manuel en donne une marque particulière : ce fut la première guerre largement couverte par la presse.
À côté se trouve un encadré sur Florence Nightingale : formée en Allemagne, partie en Turquie en mille huit cent cinquante-quatre, elle a soigné les soldats de cette guerre et fait baisser la mortalité dans l’hôpital militaire ; son école d’infirmières date de mille huit cent soixante. Dans ce livre, les encadrés sont presque toujours de la matière à questions.
6. Les deux guerres mondiales
Le manuel donne des listes de pays, et les listes reviennent dans les questions. La France est dans les deux, et à chaque fois en bonne place.
Première guerre, les Alliés : « France, Russia, Japan, Belgium, Serbia — and later Greece, Italy, Romania and the United States » — la France est nommée en premier.
Seconde guerre : quand Hitler a envahi la Pologne en mille neuf cent trente-neuf, « Britain and France declared war ». Et dans la liste des principaux alliés : « the UK, France, Poland, Australia, New Zealand, Canada, and the Union of South Africa ».
Retenez ces deux listes telles quelles, dans l’ordre imprimé. C’est un des rares endroits où votre mémoire d’école et le manuel tombent d’accord.
7. Concorde
Un piège de formulation, et il vous vise personnellement.
Si l’on vous demande qui a construit Concorde, la bonne réponse n’est pas « la France ». C’est la Grande-Bretagne et la France, les deux ensemble. Premier vol en mille neuf cent soixante-neuf, premiers passagers en mille neuf cent soixante-seize.
C’est la forme la plus courante d’erreur chez un candidat qui connaît le sujet : la réponse n’est pas fausse, elle est incomplète — et une réponse incomplète compte comme fausse.
8. Ce qu’il faut en faire le jour de l’examen
Neuf passages, un seul réflexe à installer. Quand une question touche à la France, votre avantage est réel : vous avez déjà les dates, les noms et les batailles. Le risque ne vient pas de ce que vous ignorez, il vient de ce que vous savez mieux que le livre.
Tout ce que vous connaissez au-delà de ce manuel est un risque, pas un atout. L’examen vérifie un livre, pas votre culture générale. Répondez ce qui est écrit, même quand la version est courte, orientée, ou racontée depuis l’autre rive.
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